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Brexit : to be or not to be

Le Brexit est un feuilleton politique passionnant, avec une dramaturgie shakespearienne et une incertitude vertigineuse sur son issue.

Dans l’actualité récente, je relève deux épisodes assez spectaculaires.

Le premier concerne Theresa May qui poursuit ce qui ressemble à un long calvaire. La dernière étape en date était le sommet des chefs d’États européens à Salzbourg où elle a exposé son plan (dit de Chequers) sur les conditions du départ et les futures relations entre l’UE et le Royaume-Uni. Ce plan a été élaboré pendant des mois et passionnément discuté et amendé.

L’Union, par la voix de son négociateur Michel Barnier a toujours mis en garde Theresa May à propos de certaines dispositions de ce plan jugées inacceptables. En particulier, il y est prévu de créer une zone de libre échange avec l’UE mais sans inclure la libre circulation des services, des personnes et des capitaux. C’est une remise en cause du principe même de marché unique.

Un autre différent important a trait à l’Irlande du Nord. On oublie parfois qu’il y a seulement vingt ans, ce territoire était en proie à une guerre civile. Les accords de paix ont été signés et leur réussite doit beaucoup à une intégration européenne de l’Irlande du Nord qui passe notamment par l’absence de frontière matérialisée entre le Nord et le Sud. Un retour en arrière pourrait compromettre la paix et donner des arguments aux extrémistes.

Le Royaume-Uni et l’UE sont donc conscients de ce problème et d’accord qu’il ne faut pas rétablir de frontière marquée et contrôlée entre les deux Irlandes. C’est sur la solution qu’ils divergent.

L’Union propose un statut à part pour l’Irlande du Nord et des contrôles de douane entre l’Irlande et le reste du Royaume Uni. Cela revient à déplacer la frontière en mer d’Irlande. Le Royaume-Uni s’y oppose farouchement et propose un « accord douanier simplifié » : le Royaume-Uni collecterait les droits de douane sur les biens entrant sur son territoire à destination de l’UE et appliquerait ses propres taxes sur ses importations en provenance de pays tiers. Cela revient pour l’UE à déléguer la gestion de la frontière au Royaume-Uni et à en perdre le contrôle, ce qu’elle refuse bien sûr. L’impasse est totale pour le moment.

Theresa May est venue à Salzbourg avec la volonté affichée de faire accepter son plan en l’état, sur le thème, « à prendre ou à laisser ». Elle a paru surprise de la parfaite cohésion des 27 États Membres dans leur refus. Elle se trouve donc encore un peu plus affaiblie alors que les échéances se rapprochent : un accord est censé être prêt pour le Conseil européen du 18 octobre. Cet accord devra ensuite être validé par le Parlement européen et enfin par le Parlement du Royaume-Uni.

Un rebondissement vient de compliquer encore un peu plus le jeu de Theresa May. Entre le 23 et le 26 septembre, le Parti Travailliste a procédé à un revirement spectaculaire à l’occasion de son congrès. Il s’est positionné en faveur d’un nouveau référendum sur le Brexit. Bien sûr cela n’est pas dit aussi clairement car le chef du Labour, Jeremy Corbyn n’y est pas favorable. Mais la porte est entrouverte désormais. De plus, les travaillistes devraient voter contre le plan de Chequers, espérant mettre le gouvernement en minorité et provoquer de nouvelles élections.

Le parti travailliste n’échappe pas à la fracture qui traverse toute la société britannique sur la question du Brexit. Toutefois, les lignes ont visiblement bougé. Le soutien à l’Union européenne se porte aussi bien sur la gauche que sur la droite du parti où les eurosceptiques sont clairement minoritaires désormais. Je me réjouis de cette évolution.

L’incertitude sur la suite n’a jamais été aussi grande. Toutes les options sont encore possibles : maintien dans l’Union après un nouveau référendum, accord trouvé dans la dernière ligne droite ou enfin, le scénario du pire, celui du « No deal » avec son cortège de risques sur l’économie européenne et mondiale, la paix irlandaise et sur le statut des expatriés

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume