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Cameron sur l’immigration : « Paroles et encore des paroles que tu sèmes au vent »

Vendredi dernier, le Premier ministre britannique, David Cameron, prononçait un discours, largement repris et commenté dans les médias, sur le thème de la liberté de circulation dans l’UE. M. Cameron n’en est évidemment pas à son coup d’essai dans le domaine et une chose est sûre : ce ne sera pas le dernier ! Il faudra, sans aucun doute, qu’on prenne notre mal en patience jusqu’aux élections législatives de mai 2015 au Royaume-Uni. Si M. Cameron se plaît à nous jouer et nous rejouer ce drame shakespearien, c’est surtout parce qu’il a à faire les gros bras face à la hausse de popularité des courants europhobes conservateurs dans son pays et notamment du parti UKIP.

Dans son discours, sans surprise, David Cameron a appelé pour la énième fois à ce que les règles de la liberté de circulation des citoyens de l’UE soient réformées. M. Cameron peine toutefois à définir les règles de son propre jeu : il y a quelques semaines à peine, il prônait l’instauration de quotas d’entrée ; vendredi dernier, il semblait avoir abandonné cette idée pour plaider, au contraire, pour une limitation des prestations sociales destinées aux travailleurs issus de l’UE. Et M. Cameron de prévenir : si l’UE devait s’opposer à ses propositions, il ferait campagne pour claquer avec fracas la porte de l’Europe.

Comme le chantait si justement Dalida, « Encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots« , mais finalement ce que M. Cameron ne nous dit pas, c’est l’essentiel. Tout d’abord, ceux qui prétendent que des citoyens européens abusent de la liberté de circulation pour grappiller telle ou telle prestation sociale n’ont pas les preuves de ce qu’ils crient à qui veut bien l’entendre, et ce bien au contraire. S’il existe et existera toujours des situations individuelles d’abus, de nombreuses études économiques démontrent que de manière globale, les migrants européens contribuent davantage à l’économie de leur pays hôte qu’ils ne perçoivent de prestations sociales. Ensuite, l’autre vérité que M. Cameron se garde bien de nous dire, c’est que l’arsenal législatif européen est déjà bien équipé pour préciser les modalités de la libre circulation et leurs limites. La Cour de Justice de l’UE l’a d’ailleurs clairement démontré dans son « arrêt Dano », rendu le 11 novembre. En réponse à un cas individuel donné, la décision de la Cour est venu clarifier un point du droit communautaire et trancher : les citoyens de l’UE qui se déplacent dans un autre État membre dans le seul but de bénéficier de l’aide sociale peuvent se voir exclus de certaines prestations sociales.

Comme l’avait suscité -à tort- ce jugement de la Cour, on ne peut que regretter l’agitation excessive autour du nième discours de M. Cameron. Aux paroles de M. Cameron, privilégions les faits, rien que les faits et toujours les faits !

Et pour ce faire, si vous ne l’avez pas encore vue, je vous recommande cette vidéo du Groupe Socialistes et Démocrates sur le thème des immigrés européens ; elle met, avec humour et justesse, le doigt où –malgré tout ce qu’on peut entendre- ça ne fait pas mal !

 

(disponible en anglais, avec réglage des sous-titres en français)

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume