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Décoder Daesh pour mieux l’affronter ?

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Gains territoriaux croissant de Daesh, menaces terroristes frappant la France et le monde, attentats aux formes nouvelles et imprévisibles, jeunes embrigadés pour faire croitre leurs rangs… autant de problèmes que connaissent nos sociétés actuelles. Cette semaine, le groupe S&D a organisé une réunion où nous avons pu échanger avec des experts de la lutte contre le terrorisme et la déradicalisation. Une occasion de réfléchir à ce qui peut et doit être fait pour lutter contre l’emprise de ce groupe terroriste sur les plus jeunes. Il s’agit d’un phénomène inédit, aux implications complexes exigeant des réponses adaptées et intelligentes.

Quel terrorisme aujourd’hui ?

Le terrorisme est l’emploi de la terreur à des fins politiques, religieuses ou idéologiques. Mais comme l’a souligné Antonio Panzeri, il faut se rappeler que le terrorisme est une technique de combat et pas une spécialité islamique. Les erreurs de langage sont trop nombreuses et contribue à une stigmatisation permanente. Pour Pierre Conesa, c’est une erreur d’évoquer l’islam ou les musulmans quand on parle de terrorisme. On ne devrait pas dire «musulman extrémiste» car au final ces dérives n’ont absolument rien à avoir avec l’islam. Ce qui fait également la spécificité de Daesh c’est qu’il ne fait pas que tuer. Il ébranle nos repères émotionnels, individuels comme collectifs. Les bombes et la surveillance ne sont pas les seules solutions à devoir être envisagées.

 

Comment recrute Daesh ?

La radicalisation est le terreau du terrorisme. Comment expliquer que des jeunes basculent dans la violence sans préalable idéologique ?La stratégie de Daesh est redoutable : elle sait à qui s’adresser et quelles formes de discours adopter.

La rhétorique de Daesh se nourrit d’un discours apocalyptique, annonçant la nécessité de se convertir pour éviter le jugement dernier. La victimologie, selon laquelle les musulmans sont partout des victimes est également très prégnante.

Les rabatteurs savent repérer les signaux de détresse, notamment sur les réseaux sociaux. Le processus de radicalisation se fait selon un embrigadement relationnel et idéologique. Le discours djihadiste est adapté à chaque jeune, à ses peurs, à ses doutes.

Selon Pierre Conesa, Il existe trois grandes étapes dans le recrutement, qui se fait de manière individualisée : la séduction, l’isolement et enfin la conviction qu’il faut aller se battre. Certains indicateurs existent, pour repérer les changements de comportement : la rupture avec les anciens amis, une déscolarisation, une rupture avec les activités extra-scolaires et enfin une rupture avec les parents. Les discours d’embrigadement proposent une communauté de substitution, une nouvelle autorité.

Les réseaux sociaux sont pour Daesh une véritable mine d’or au potentiel quasi illimité. Nous avons encore du retard, notamment face aux techniques puissantes des rabatteurs intégristes.

 

Comment réagir face à la radicalisation des jeunes ?

Selon Dounia Bouzar toujours, la déradicalisation est une entreprise délicate. Il s’agit de réhumaniser l’individu. En amont, un travail pédagogique, de connaissance et «désintox» est essentiel. Il faut également mettre un place un contre-discours fort qui viendrait lutter contre la propagande véhiculée par les vidéos de Daesh. On pourrait penser à la mise en place d’une véritable équipe de community managers qui surveillerait sans cesse les réseaux sociaux et qui viendrait montrer le décalage entre l’utopie vendue par Daesh et la réalité.

Comme l’a souligné l’anthropologue lors de son intervention, la déradicalisation peut avoir tendance à exacerber les différences identitaires en mettant de côté les musulmans. Pourtant, ce sont aussi des fils de profs, de fonctionnaires, habitant dans les beaux-quartiers qui ont été touchés. Il y ainsi une myriade de profils de radicalisés. La réponse qui doit être apportée doit être individualisée. Il pourrait être judicieux de s’inspirer du modèle danois qui s’appuie sur des mentors pour proposer un accompagnement personnel.

La France doit poursuivre son engagement grâce auquel elle a mis en place un système basé sur la chaine humaine. 70% des cas de radicalisation sont signalés par des  proches. Le système de numéro vert est efficace. Plus que jamais, le rôle social des psychologues, des intervenants scolaires, des éducateurs doit être réaffirmé.

Selon Cécile Kyenge, la déchéance de nationalité est vaine ; l’invoquer c’est adopter la même philosophie que les terroristes. Ce serait une manière d’exposer les personnes que nous pourrions sauver. Comprendre Daesh, sa manière de fonctionner et de recruter ne relève pas d’un enjeu uniquement sécuritaire. C’est un défi que doit relever notre société. En effet, la radicalisation est un reflet des échecs et des défis à relever pour l’Europe. Face à une menace perpétuelle et grandissante, c’est notre modèle de société qui est interrogé. Crises économique, sociale et sociétale, autant de facteurs qui poussent ceux qui ne se reconnaissent plus dans la France ou dans l’Europe à emprunter d’autres voies Il faut consolider le sentiment de citoyenneté européenne, promouvoir et s’assurer de la mise en place d’une intégration sociale et économique.

 

Face à Daesh, réaffirmer le vivre ensemble est plus que nécessaire. Il faut montrer et faire comprendre aux jeunes qu’ils ont une place et un rôle dans notre société. Car ces solutions ne sont pas vaines. Dounia Bouzar a évoqué 300 jeunes, tous dé-radicalisés et qui n’ont jamais été tentés de repartir en Syrie. Il pourrait être utilisés, sous certaines conditions, afin de dénoncer de l’intérieur ce qu’est et fait réellement Daesh.

 

Pour aller plus loin :

Le rapport de Sébastien PIETRASANTA, député des Hauts-de-Seine : « La déradicalisation, outil de lutte contre le terrorisme »

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume