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Enjeux culturels des négociations du Brexit

A priori, la culture ne semble pas être au cœur des négociations sur le Brexit. La tapisserie de Bayeux fait un séjour en Angleterre mais il s’agit plutôt d’un échange diplomatique que culturel. Pourtant, certaines décisions pourraient avoir un impact important pour l’UE, en particulier dans le domaine audiovisuel et cinématographique et plus largement dans celui des industries culturelles et créatives.


Sans dresser une liste exhaustive, je relèverais ainsi quatre points qui méritent une attention toute particulière vis-à-vis des intérêts des industries culturelles et des créateurs.

Tout d’abord, sur la question de la qualification européenne des œuvres. Je suis interrogative sur le fait qu’après la sortie de l’Union européenne, le Royaume-Uni pourra continuer à d’en bénéficier  puisqu’il a ratifié la Convention européenne de télévision transfrontalière. Dans le même temps, cet ancien État-membre n’aura plus à répondre des obligations prévues au titre de la directive sur les Services de médias audiovisuels en matière de quota pour les chaînes (50%) et de services à la demande (30%). Or à l’heure actuelle, le Royaume-Uni reste l’un des pays les moins ouverts à la diversité culturelle, avec un nombre très limité d’œuvres non anglophones présentées en salle, en télévision ou en vidéo à la demande. Une fois la sortie de l’Union européenne actée, cette situation ne pourrait que s’aggraver tandis que, d’un autre côté, leurs producteurs pourront continuer à avoir un accès privilégié au marché européen pour leurs œuvres dont l’identité relève plus souvent de blockbusters américains que de produits purement britanniques.

Autre sujet de préoccupation : la question du maintien éventuel de la participation des Britanniques au programme Europe Créative. À mon sens, si un tel accès devait être prévu, il devrait nécessairement être conditionné au respect des dispositions prévues dans la Directive sur les services de médias audiovisuels. Dans le même esprit que ce qui a été développé précédemment, il serait difficilement acceptable de voir les Britanniques bénéficier d’un programme qui renforcerait leurs industries alors que d’un autre côté, loin de participer à l’objectif d’Europe Créative de renforcement de la diversité artistique et culturelle européenne, ils se soustrairaient aux obligations de quotas de diffusion.

 Le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne aura également un impact en termes de concurrence fiscale dans le secteur culturel et créatif . En n’étant plus soumis aux règles européennes des aides d’état, le Royaume-Uni pourrait à sa guise mener une politique d’inflation de ses crédits d’impôt dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, ou encore des jeux vidéo. Ceci représenterait une concurrence déloyale par rapport aux crédits d’impôts qui ont permis de relocaliser des tournages et des activités en France, donc de l’emploi et la montée en puissance de nos capacités de production, ce qui est loin d’être négligeable pour le secteur des industries culturelles et créatives.

Enfin, dernier sujet de vigilance, la liberté de circulation des acteurs du secteur culturel. Le Royaume-Uni semble vouloir mettre en place un système dérogatoire « visa créatif » permettant de préserver la libre circulation des artistes mais aussi des intermittents du spectacle (en particulier les techniciens et cadres créatifs). Il serait particulièrement regrettable que ce type de mesure débouche sur un pillage de nos talents, en particulier dans les secteurs de l’animation et des effets visuels, alors que, de l’autre côté, le Royaume-Uni verrait son industrie renforcée, avec peu de mouvements à attendre inversement vers nos pays.

Pour éviter des déconvenues dans un secteur à la fois important et fragile, j’ai fait part par courrier de mes préoccupations à Michel Barnier, négociateur en chef du Brexit. Je ne manquerai pas de revenir sur le sujet quand de nouveaux éléments seront disponibles. 

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume