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Fin de la crise de la dette grecque ?

Le 20 août dernier marquait la fin du programme d’assistance financière de l’UE envers la Grèce. Sur le papier, cela veut dire que la crise de la dette grecque est officiellement terminée. C’est donc l’occasion d’un regard rétrospectif sur la situation de ce pays afin d’essayer de voir si – suivant les métaphores médicales qui ont fleuri à ce propos – le patient est guéri ou si les remèdes qui lui ont été prescrits en ont fait un moribond.

En effet, pendant neuf ans, ce pays a été mis sous tutelle par le FMI, la BCE et l’Eurogroupe, ce qui a consisté en des lignes de crédit accordées sous conditions de politiques d’austérité et d’un certain nombre de réformes dites « structurelles ».

 

Aux origines de la crise

La crise grecque a commencé en 2008 avec l’annonce d’un déficit budgétaire et d’une dette publique qui dépassaient massivement les critères de Maastricht, alors même que l’Europe se trouvait dans la tourmente de la crise des subprimes. La révélation de pratiques de falsification des comptes publics a fini de saper la confiance des créanciers. La probabilité d’une faillite générale était alors maximum.

Conscients du risque d’un effet domino, alors que d’autres États comme l’Irlande, le Portugal et l’Espagne étaient aussi en difficulté, les États membres de l’UE, après bien des tergiversations, ont accepté d’aider la Grèce.

Trois plans successifs vont permettre de mobiliser un total de 288 milliards sur 8 ans. Pour un pays de 10 millions d’habitants, c’était du jamais vu.

Les politiques austéritaires imposées en contrepartie par la troïka des créanciers : l’Eurogroupe, la BCE et le FMI, vont avoir des conséquences sociales dramatiques. Le PIB a fondu de 25 %. Le chômage est monté jusqu’à 28% et a poussé près d’un demi-million de personnes, pour la plupart jeunes, à l’émigration. 250 000 PME ont fait faillite et un tiers de la population vit encore aujourd’hui sous le seuil de pauvreté.

 

L’action de la troïka en débat

Cette période a été marquée par des débats politiques extrêmement violents en Grèce mais également dans tous les États membres, car les conditions imposées à la Grèce étaient d’une telle dureté qu’elles pouvaient tout autant être contre-productives comme l’ont dit beaucoup d’experts, jusqu’au sein du FMI.

Je ne fais pas partie des experts, mais de ceux qui ont considéré que les exigences risquaient de tuer le malade et à tout le moins que ce que subissaient les Grecs était insupportable. Pour autant, concéder ces plans à la Grèce n’était pas acquis d’avance. Pour le Ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble ou le Président de l’Eurogroupe Jeroen Dijselbloem, les contribuables européens ne devaient pas subir le contrecoup de l’incurie des gouvernements grecs de ces dernières décennies.

L’alternative à ces plans aurait été de laisser la Grèce faire défaut. Les conséquences pour la population auraient sans doute été encore plus terribles et le risque systémique redoutable. En 2015, la France, par la voie de son président François Hollande et de son Commissaire européen Pierre Moscovici s’est opposée vigoureusement à ceux qui, comme Wolfgang Schäuble, étaient partisans d’abandonner la Grèce à son sort, au mépris de toute solidarité européenne.

Dans une telle solution, de façon mécanique, la Grèce serait sortie à la fois de l’Euro et de l’UE. Cette solution avait beaucoup de partisans et pas seulement en Allemagne. Pour toute une partie de la classe politique grecque, tant à l’extrême gauche qu’à l’extrême-droite, le « Grexit » était préférable à l’austérité. Il a fallu le réalisme et le courage d’Alexis Tsipras pour infléchir la position de son parti Syriza, élu pourtant sur un programme anti-austérité en 2015. Il a pu compter pour cela sur le soutien des socio-démocrates et en particulier du gouvernement socialiste français.

Ce fut d’autant plus méritoire que le gouvernement grec a dû se confronter à une situation ou la misère engendrait une grande violence, ou la gestion de l’arrivée de nombreux migrants créait des situations dramatiques et alors que les néo-nazis d’Aube Dorée tentaient de perturber le fonctionnement démocratique du pays.

Aujourd’hui, la situation grecque est encore très douloureuse même si un certain nombre d’indicateurs évoluent. Le chômage reste autour de 20%. La croissance a timidement redémarré après des années de récession. C’est malheureusement sur un champ de ruine que la reconstruction de cette économie doit se faire. La crise de la dette grecque est officiellement terminée mais les efforts et les difficultés de la population sont loin de l’être.

 

Bonnes nouvelles d’Allemagne et perspectives d’avenir

La première bonne nouvelle c’est que le Ministre CSU Schaüble ne fait plus partie du gouvernement allemand ! La deuxième, c’est que son successeur, le social-démocrate Olaf Scholz a dit vouloir rendre l’argent reçu par la Banque centrale allemande grâce à la dette grecque. En effet, la Bundesbank, plus que toutes les autres banques centrales de l’Eurogroupe, a acheté massivement de la dette grecque et a donc perçu des intérêts sur ces prêts consentis. Le ministre allemand a précisé qu’il n’était pas question que des bénéfices soient faits aux dépends de la Grèce et que l’Allemagne s’apprêtait donc à lui reverser 2.9 milliards d’euro.

Ce changement d’ambiance entre la Grèce et ses créanciers est plutôt encourageant.

Par ailleurs, les européens vont peut-être se décider à tirer les leçons de ce feuilleton économique dramatique. Le projet d’un Fond monétaire européen constitue une première réponse. La gestion de ce type de crise mériterait aussi d’être contrôlé démocratiquement et non laissée dans les mains des technocrates de la finance mondiale.

Un véritable budget pour la zone euro, doté d’une capacité d’endettement, permettrait d’atténuer les chocs économiques symétriques, qui concernent l’ensemble de la zone euro, ou asymétriques, qui ne concernent qu’un ou plusieurs pays mais ont des répercussions sur les autres. Pour y parvenir, le Parlement européen propose de mieux utiliser le mécanisme européen de stabilité, de renforcer le rôle des parlementaires et de créer un poste de ministre des Finances de la zone euro en fusionnant les rôles de Commissaire européen à l’économie avec celui de président de l’Eurogroupe.

Cette crise grecque nous a en tous cas confortés dans un credo qui est plus que jamais central pour les socio-démocrates : une monnaie unique va de pair avec une démocratie véritable et des outils pour une solidarité commune.

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume