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L’agriculture européenne mise en péril par le TTIP ?

TTIP agriculture

Il n’y a plus besoin, aujourd’hui, de présenter le TTIP. En revanche ses conséquences néfastes potentielles restent à découvrir. Dans un contexte où les négociations ont lieu dans la plus grande opacité et où les documents accessibles et les études sont si peu nombreux, tous les fantasmes sont permis. Marc Tarabella, député belge S&D, a toutefois eu accès à un rapport d’évaluation des gains de projets du TTIP produit par le ministère de l’agriculture américain. Sa conclusion est formelle : pour ce qui regarde l’agriculture, le TTIP désavantagerait l’Europe. Le TTIP serait une mauvaise affaire non seulement pour les agriculteurs européens mais aussi pour les citoyens et consommateurs européens.

Pour les États-Unis, les gains financiers seraient largement supérieurs à ceux des Européens

Dans ce rapport, plusieurs scenarii potentiels sont présentés. Les deux premiers sont très favorables aux américains.

Premier scénario : si les droits de douane sont abolis, les États-Unis gagneraient 5.5 milliards de dollars alors que l’Union européenne en gagnerait 800 millions. Les exportations agricoles américaines augmenteraient de 2% alors que celles de l’Union européenne baisseraient de 0.25%

Deuxième scénario : si l’on ajoutait à cette abolition des droits de douane la suppression des mesures non tarifaires (c’est-à-dire l’ensemble des choix concernant la production agricole, comme l’interdiction d’importation de bœuf aux hormones ou de poulet au chlore), les États-Unis gagneraient 9.6 milliards de dollars pour 2 milliards concernant l’Union européenne. Encore une fois, les exportations des États-Unis augmenteraient alors que celles de l’UE seraient en déclin.

Comment expliquer cette perte pour l’Union européenne ? Si le TTIP est signé, les échanges agricoles entre les États-membres de l’UE diminueront alors que ceux avec les États-Unis augmenteront. Ce serait donc le marché intérieur européen qui serait mis à mal.

Quelles conséquences économiques ?

Il y a ainsi un décalage criant entre les bénéfices probables des États-Unis et ceux de l’Union européennes. Concernant la croissance du PIB liée au TTIP, elle serait de 0.1% pour les États-Unis et de 0.29% pour l’Union européenne. Les prix des produits américains seraient à la hausse alors que les prix européens chuteraient, soumis à une trop forte concurrence.

Aux européens de préférer la qualité

Troisième scénario envisageable, celui, moins favorable pour les États-Unis, où l’Union européenne tiendrait bon sur les questions sanitaires et de qualité. Si les mesures non tarifaires étaient supprimées, les consommateurs préféreraient se tourner vers des aliments produits localement. Ce serait alors un accord globalement inutile pour l’agriculture américaine qui aurait des difficultés à exporter ses produits.

Il y a donc fort à parier que le troisième scénario ne sera pas choisi par les États-Unis.

De l’intérêt de la transparence

On se souvient des réticences du gouvernement français exprimées par Mathias Fekl, secrétaire d’État chargé du commerce, qui déplorait que les négociations se fassent «dans un manque total de transparence et dans une grande opacité, ce qui pose un problème démocratique». La demande du groupe S &D, exigeant une plus grande transparence dans ce dossier est récurrente également.

Dans ce cas précis, la transparence s’est faite de façon un peu involontaire ; grâce à la vigilance d’un « ami américain ». La publicité de ce rapport n’était pas souhaitée initialement et on comprend pourquoi. Son contenu inciterait à arrêter tout de suite les négociations comme le recommande Marc Tarabella. Il ne s’agit pourtant que d’un seul rapport et il mérite d’être croisé avec d’autres afin d’avoir une perception plus complète des enjeux à venir.

« Wait and see » donc mais prudence et méfiance sont plus que jamais d’actualité.

 

Pour aller plus loin :

Le site de Marc Tarabella

Le rapport sur le site du Ministère de l’agriculture américain : « Agriculture in the Transatlantic Trade and Investment Partnership: Tariffs, Tariff-Rate Quotas, and Non-Tariff Measures” par le Ministère de l’agriculture américain.

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume