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Le complot des complotistes

Un français sur quatre est un adepte affirmé de plusieurs théories du complot. Et seul 1 français sur 5 y est complètement hermétique.
C’est le résultat publié en début de semaine d’un sondage IFOP pour la fondation Jean Jaurès et Conspiracy Watch – l’Observatoire du conspirationnisme.

 C’est, selon les auteurs, l’enquête la plus détaillée sur ce sujet à ce jour. Je vous invite d’ailleurs à la consulter en ligne sur le site de l’IFOP. Vous pourrez ainsi connaitre la méthodologie, les marges d’erreurs, le détail des questions et éventuellement, constater comme je l’ai fait que certaines formulations sont discutables, quelques conclusions un peu rapides…
Mais bon… pas question de nier qu’il s’agit là d’un phénomène social majeur.
Comme le sondage compte près d’une centaine de pages de tableaux, je ne vais commenter que quelques aspects et m’intéresser en particulier à l’importance de ce courant d’opinion chez les jeunes.

Pourquoi les jeunes ?

Parce que ce sont les plus touchés par cette « maladie » et que cela me donne de sérieuses inquiétudes pour l’avenir. Ils font partie des grands utilisateurs d’Internet et délaissent le plus souvent les grands médias au profit des réseaux sociaux. Il ne s’agit pas ici de lancer une de ces sempiternelles attaques contre le caractère délétère d’Internet. Les complotistes ont existé bien avant mais force est de reconnaitre que ce média du XXIème siècle a constitué une formidable caisse de résonance à toutes leurs théories.
Voici quelques exemples de leur emprise parmi les nombreux cas analysés dans cette enquête.

Une question porte sur l’intégrité de notre système électoral, suffisamment transparent pour éviter les tricheries ? : Pas d’accord, répondent 46% des sondés de la catégorie d’âge des 18-24 ans (mais ont-ils déjà assisté à un dépouillement ?).

Une autre sur les attentats du 11 septembre : le sondage teste l’idée que le gouvernement américain a délibérément laissé commettre les attentats pour justifier les guerres d’Afghanistan et d’Irak : « d’accord » nous répondent 38% de ces jeunes auxquels on peut ajouter les 8% qui pensent que le gouvernement américain les a carrément organisé lui-même soit un total de 46% là encore.

3ème exemple à propos des attentats de janvier 2015 que nous venons de commémorer contre Charlie hebdo et le magasin Hyper Cacher. 30% estiment que « des zones d’ombres subsistent sur les véritables organisateurs de ces attentats et 4 % les attribuent aux services secrets.

Sortons maintenant du champ politique.

« Dieu a créé la terre, il y a moins de 10 000 ans » : 31% des jeunes sont d’accord selon le sondage.

« Il est possible que la terre soit plate et non ronde comme on l’apprend à l’école » : 18% sont d’accord.

Je pourrais multiplier les exemples mais cela donne le vertige. Le fait que le reste des personnes interrogées – les plus de 24 ans – soient aussi contaminées par ces croyances extravagantes ne rassurera personne.
Pour terminer sur une note plus positive, j’ai relevé que le refus d’admettre le réchauffement climatique est relativement marginal chez les jeunes, tout comme le négationnisme de la Shoah.

 Comment conclure ?

Il y a de toute évidence une rupture de confiance entre la population et les institutions : pouvoirs publics, autorités scientifiques, grands médias. C’est une règle générale mais qui est particulièrement marquée chez les « digital natives » et qui ne semble devoir leur passer en claquant des doigts, simplement en vieillissant nous disent les analystes de cette enquête.
Est-ce que ce mélange détonant de méfiance généralisée et de crédulité absolue est réductible ? Et est-ce que la loi -comme celle annoncée en France sur les fake news- est une réponse adaptée ?

Permettez moi d’en douter quand on regarde la direction prise. Face au refus de croire dans la parole officielle, une loi peut limiter l’expression des citoyens et la diffusion des fausses nouvelles – en période électorale uniquement est-il précisé – mais ne les empêchera pas d’avoir des convictions dans leur for intérieur. De plus la différence entre une fausse nouvelle et une opinion est souvent ténue. Nous touchons donc très vite au domaine extrêmement sensible de la liberté d’opinion.

Je privilégierais pour ma part d’autres pistes. Nous savons qu’il y a un immense besoin de formation, d’éducation à l’esprit critique – esprit critique qu’il ne faut pas confondre avec la paranoïa et le scepticisme indifférencié.
C’est un chantier dont l’éducation nationale s’est déjà saisi mais sans doute de façon insuffisante. Il faut redoubler d’efforts et imaginer aussi des dispositifs de formation pour toutes les classes d’âges.

Quant à cette enquête, j’espère qu’elle sera suivie par d’autres, de façon à confirmer ou infirmer ces résultats assez incroyables et surveiller l’évolution de ces phénomènes.

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume