FAIRE CONNAISSANCE

NEWSLETTER

Top

Le Monde à l’épreuve de Trump

Au lendemain de son élection, beaucoup s’interrogeaient : Donald Trump allait-il mettre en œuvre son programme ? Allait-il adopter toutes ces mesures à l’efficacité illusoire, à la légalité problématique, à l’éthique catastrophique ? Jusqu’à cette semaine, il était encore permis d’en douter.

Les premiers jours de sa prise de fonction sont en train de balayer les derniers espoirs de ceux qui, après les outrances de la campagne électorale, attendaient un retour à la raison.

Donald Trump vient de signer toute une série de décrets s’attaquant à l’Obamacare, au libre-échange, au droit à l’avortement, aux réfugiés, aux sans-papiers, à la défense de l’environnement. Il y a quelque chose de vertigineux dans cette suractivité, commentée en direct par le Président américain avec des tweets rageurs. Mais c’est justement parce qu’il peut susciter de la peur, qu’il nous faut affronter la situation avec courage et détermination.

Comme des millions de citoyens, aux États Unis et dans le monde entier, j’ai été tout particulièrement choquée par le décret anti-immigration pris le 27 janvier dernier et c’est sur ce point que je voudrais insister. Intitulé « Protéger la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux États-Unis », le décret fait référence à une liste de « pays à risque » le Yémen, l’Iran, la Libye, la Somalie, le Soudan, la Syrie et l’Irak. Il interdit pendant quatre-vingt-dix jours toute entrée sur le territoire aux ressortissants de ces pays. Le texte bloque aussi le processus d’admission des réfugiés du monde entier pendant cent vingt jours. Double peine pour les réfugiés syriens : ils n’y a pas de fin à leur bannissement.

 

Efficacité illusoire

La première question que pose ce texte est celle de son efficacité et de sa cohérence. Il bloque l’ensemble de la population de certains pays pour empêcher la venue de… terroristes. Ainsi, ces ressortissants sont considérés a priori comme des terroristes ! Cette liste n’a en outre aucune logique (si on peut utiliser le terme « logique » s’agissant de Donald Trump) : pourquoi l’Arabie saoudite n’y figure-t-elle pas alors que 15 des 19 auteurs des attentats du 11 septembre étaient saoudiens ? Si on raisonne selon cet absurde : pourquoi l’Irak et pas l’Afghanistan ?

 

Légalité problématique

«La discrimination fondée sur la nationalité est interdite» a déclaré le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme. Angela Merkel a souligné : « La convention sur les réfugiés exige que la communauté internationale accueille les réfugiés de guerre pour des raisons humanitaires ». François Hollande a de son côté mis en garde Donald Trump contre «le repli sur soi» et l’a appelé au «respect» du principe de «l’accueil des réfugiés, fondement de nos démocraties».

Ces prises de position soulignent les questions juridiques majeures qui sont posées. Les instances judiciaires américaines devront ainsi déterminer si ce décret est conforme à la Constitution américaine -et notamment son article 1-. Mais en attendant, il s’agit d’une infraction caractérisée au droit international et aux traités qui engagent les États-Unis, puisqu’ils ont notamment signé le protocole de la Convention de Genève de 1967.

 

Éthique catastrophique

Enfin, la question de l’éthique et de la morale politique est particulièrement brûlante. C’est elle qui a fait sortir des Américains de chez eux pour manifester devant les aéroports, là où des milliers de drames humains ont été déclenchés : conjoints et familles séparées, carrières professionnelles brisées, espoirs d’asiles fracassés… Le choc est d’autant plus grand que la tradition de l’accueil des réfugiés et de la liberté religieuse font partie des valeurs fondatrices des États-Unis. Or beaucoup ont souligné le caractère antimusulman de ce texte.

Je pense aujourd’hui à toutes les victimes  de ces mesures absurdes : la grande communauté iranienne, qui en France comme aux États-Unis se voit marquée de suspicion et de restrictions dans ses déplacements alors que c’est pour fuir la République islamique qu’elle a quitté son pays, ces démocrates syriens ou irakiens, ces persécutés yéménites, libyens, soudanais, somaliens… Tous se trouvent assimilés à des terroristes, suspectés, stigmatisés, refoulés…

J’ai encore en mémoire la belle cérémonie de remise du prix Sakharov à deux jeunes femmes yézidies au Parlement en décembre 2016. Leur nationalité irakienne leur interdit désormais le territoire américain. Elles sont distinguées d’un côté de l’Atlantique et rejetées de l’autre : tout un symbole.

Que faire face à cette situation insupportable ?

Être fermes et déterminés ! C’est pourquoi par exemple j’ai fait partie de ceux qui demandent au Président du Conseil de ne pas accréditer le nouvel Ambassadeur des États Unis auprès de l’Union européenne, lui qui porte la parole d’un Président qui se félicite du Brexit et veut l’explosion de l’Union. Je souhaite en outre que cette situation inédite sur la scène internationale fasse réagir les dirigeants européens et permette un rebond de fierté, salutaire pour nos valeurs et notre projet commun.

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume