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Moteur !

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Les lieux communs ont la vie dure. Il y a des automatismes chez les commentateurs de la scène européenne et l’un des plus fameux est que « le moteur franco-allemand est en panne ! »

Après l’Europe bienheureuse de François Mitterrand et Helmut Kohl, c’est une Europe malade qui serait notre lot aujourd’hui. Tout n’est pas si caricatural.

Les habitudes de pensée empêchent parfois de voir le monde tel qu’il est et de réaliser que le couple franco-allemand est solide. Comme tous les « vieux couples » il connait des hauts et des bas mais pour chaque occasion importante, on constate qu’il tient bon. 2015, année de tous les dangers, en a fourni la démonstration.

Certes partager l’ambition de faire fonctionner l’Europe, comme c’est le cas des dirigeants de ces deux pays, ne dispense pas de se porter à la rencontre des autres États membres, ceux de longue date comme les plus récents, avec lesquels doit se tisser une Europe multilatérale, qui avance selon les savoir-faire, les convictions partagées ou les coopérations renforcées.

Mais, – et bien qu’Angela Merkel et François Hollande ne soient pas de la même famille politique, de visions des politiques sociales et économiques souvent opposées – ils sont parvenus cette semaine dans l’hémicycle a mettre une nouvelle fois en avant une forme d’essentiel qui passe inaperçu par temps calme et devient évident sous l’orage ou dans la crise.

Et c’est bien une crise majeure que celle des réfugiés : drame humain d’une ampleur inédite depuis la seconde guerre mondiale, mise à l’épreuve des valeurs européennes, de la capacité à respecter les engagements et le droit international, mise en tension aussi de deux visions de l’Europe, celle des frontières et de l’entre soi, ou celle de l’ouverture, de la libre circulation et de l’accueil des réfugiés.

Ces deux visions de l’Europe s’affrontent au sein du Parlement. La présence des deux dirigeants des deux principaux pays de l’union, tenant un même discours, montrant une même adhésion au projet européen a constitué ce mercredi un symbole fort. Les députés ne s’y sont pas trompés.

Certain-e-s, par leur agressivité, leurs outrances de langage, leur grossièreté ont tenté de masquer la portée de l’évènement sous le bruit de l’esclandre. D’autres, dans une standing ovation, ont montré que l’idéal européen est bien vivant et même vibrant dans cette enceinte.

François Hollande l’a dit « Le débat n’est pas entre plus d’Europe et moins d’Europe, mais entre l’affirmation de l’Europe et la fin de l’Europe ». Il a aussi vigoureusement tancé à la fois les europhobes britanniques et la dirigeante du Front national en assénant que  « La seule voie possible pour celles et ceux qui ne sont pas convaincus de l’Europe, c’est de sortir de l’Europe tout simplement. Il n’y a pas d’autre voie. Celle-là est terrible, mais elle est celle de la logique. Sortir de l’Europe, sortir de l’euro, sortir de Schengen et même, si vous pouvez, sortir de la démocratie, parce que parfois, en vous entendant, je me pose cette question. »

Dans les travées, mes collègues applaudissaient, droite républicaine comprise.

Il y avait du souffle et de la volonté. Et un sentiment d’urgence à faire bloc.

 

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume