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Rencontre avec les journalistes hongrois du journal Népszabadság

Un journal d’opposition politique qui ferme du jour au lendemain, des employés prévenus le jour même, empêchés d’entrer dans les locaux et d’accéder au fruit de leur travail, leurs boites mails mises hors service, le site internet du journal fermé, des journalistes relevés de leur fonction…

Cette scène n’a pas lieu dans un pays lointain, ou à une autre époque. Non. Elle s’est produite en Europe cette année, et plus précisément en Hongrie le 8 octobre dernier, pour le journal Népszabadság. Ce titre signifie d’ailleurs « peuple libre » en hongrois.

Nous savons tous que depuis son retour au pouvoir en 2010, Viktor Orban met en œuvre une politique visant à contrôler les médias hongrois, en les rachetant ou les faisant racheter par des proches, en fermant et censurant les médias qui s’éloignent de ses idées, et en finançant ceux qui le soutiennent.
Les députés de mon groupe politique ont rencontré cette semaine à Strasbourg deux journalistes de Népszabadság. Ils nous ont exposé leur situation, qui fait froid dans le dos.
Ils ont expliqué que leur journal, créé en 1956, était un des plus grands quotidiens du pays et un symbole pour beaucoup de Hongrois. Il restait l’une des dernières voix d’opposition au gouvernement (sa ligne éditoriale était assez critique de la corruption du gouvernement hongrois et de sa politique migratoire honteuse) et une source d’enquête fiable, outil nécessaire au bon fonctionnement d’une démocratie.

Mais sous couvert de raisons économiques, MediaWorks (l’entreprise qui détient le journal) l’a fermé, alors qu’elle n’a pas perdu un centime ces deux dernières années. Derrière ces prétextes économiques, la fermeture du journal est en réalité politique et participe de la censure et de la mainmise sur les médias mis en place par les autorités hongroises. Comme le soupçonnaient les journalistes, et ceux qui se sont opposés à la fermeture du journal, la qualifiant de « jour noir pour la presse », l’entreprise MediaWorks a été rachetée le 25 octobre par Lorinc Meszaros, un ami de Viktor Orban, qui est aussi maire du village où ce dernier est né. Toujours animés d’une volonté intacte d’information, d’investigation et de dénonciation, les journalistes nous ont indiqué qu’ils souhaitaient être des témoins et des porte-paroles de la situation en Hongrie.
Nous leur avons demandé comment nous pouvions les aider, ce qui passe évidemment par une médiatisation de leur témoignage (que de nombreux journaux européens ont déjà relayé, tels que Libération). Nous insisterons encore auprès de la Commission européenne pour qu’elle se saisisse de la proposition émise par le Parlement européen de créer un mécanisme de surveillance efficace du respect de l’état de droit (dont la liberté de la presse) et droits fondamentaux. D’autres députés leur ont suggéré de se saisir des mécanismes européens permettant de lutter contre la corruption, telle que la commission d’enquête sur les Panama Papers – un membre de l’entreprise ayant racheté le journal tremperait dans des affaires d’évasion fiscale et de corruption.

Cet échange a renforcé encore plus notre détermination à lutter contre les dérives autoritaires qui se développent au sein de nos États membres.

Mais nous ne pouvons pas lutter seuls. Les journalistes du quotidien ont indiqué qu’ils aimeraient que tous les groupes politiques suivent notre détermination.

Le groupe PPE devrait arrêter de tergiverser…

Ce qui se passe en Hongrie peut se produire demain dans un autre État membre, ils feraient bien de s’en souvenir.

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume