FAIRE CONNAISSANCE

NEWSLETTER

Top

Sommet UE-Turquie : la revue des désaccords

Deux ans après la mise en œuvre de la célèbre Déclaration Union européenne-Turquie, il est légitime de s’interroger sur le but et les résultats de la rencontre entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et les présidents de la Commission, Jean-Claude Junker et du Conseil européen, Donald Tusk, à Varna en Bulgarie le 26 mars dernier.

Et bien disons qu’elle a permis de constater un état de fait : la diminution, mécanique, de 97% des arrivées de réfugiés en Grèce… ce dont se félicite Jean-Claude Junker !

Mais y a-t-il réellement des raisons de se réjouir ? Le nombre de décès en mer a heureusement baissé mais qui s’interroge sur les conditions de vie pour les Syriens ?

De plus, cette Déclaration  sert aujourd’hui de modèle pour l’externalisation de la politique migratoire sans que le Parlement européen ait une quelconque prise dessus ; c’est un sérieux problème démocratique

Enfin, les trois milliards prévus en contrepartie ont certes servi à venir en aide aux trois millions de réfugiés syriens présents sur le territoire turc, mais le président Erdogan estime cette aide insuffisante et réclame trois milliards supplémentaires.

Dans le même temps,  le président turc se sent libre d’aller toujours plus loin dans les violations de l’Etat de droit.

Ainsi, sur le plan interne, depuis le coup d’État manqué de juillet 2016 les purges ont continué dans l’administration, la justice, ou encore l’enseignement avec des dizaines de milliers de fonctionnaires licenciés et près de 50 000 personnes emprisonnées. Les organes de presse indépendants ont été fermés et une centaine de journalistes emprisonnés arbitrairement.

Au niveau régional, la tension est montée d’un cran avec l’escalade de violence contre les Kurdes et le bombardement des populations civiles lors de la récente prise d’Afrin par l’armée turque.

Enfin, la situation n’est guère meilleure au niveau international alors que les autorités turques multiplient les infractions au droit dans le conflit chypriote.

La diplomatie turque déplore que les négociations sur la libéralisation des visas  ou la modernisation de l’union douanière soient au point mort. Mais  il est clair que le contexte rend impossible ces avancées. Seul un retour à l’État de droit permettrait la reprise d’un dialogue serein, au moment-même où le président turc prétend vouloir poursuivre le processus d’adhésion à l’Union européenne, tout en  multipliant les actions hypothéquant ce projet.

Et tant qu’on est dans l’hypocrisie, les dirigeants des États membres prétendent vouloir continuer à avancer sur le processus d’adhésion, lorsque la réalité montre l’inverse ; mais peuvent-ils réellement claquer la porte à celui qui détient les clefs de la frontière extérieure ?

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume