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Témoignage de Georges Képénékian sur la révolution de velours en Arménie

 

Au cours du mois d’avril et jusqu’au 8 mai, l’Arménie a été le théâtre d’une intense effervescence politique qui s’est traduite par un changement majeur à la tête de l’État.

L’Arménie c’est à la fois loin et proche. Assez loin pour qu’on ne soit pas sûr de bien décrypter ce qui s’y passe et tout proche car nous connaissons tous des personnes issues de cette diaspora très importante, notamment en France. Pour essayer d’y voir plus clair, j’ai posé quelques questions à Georges Képénékian, Maire de Lyon, membre éminent de la communauté, très bon connaisseur des réalités locales et avec qui j’ai aussi des relations amicales depuis longtemps.

Que s’est-il passé en Arménie ces dernières semaines?

Il s’est passé en Arménie un événement qui pour beaucoup était un rêve, mais que personne n’avait imaginé voir se concrétiser. Le peuple a affirmé de manière à la fois déterminée et pacifique sa soif de démocratie et de progrès. Il a exprimé sa volonté de retrouver une espérance en mettant fin aux oligarchies issues de la nomenklatura, du soviétisme et du post-soviétisme.

Quelles sont les caractéristiques de ces évènements ou de cette révolution?

La première spécificité de cette révolution – et elle est de taille – c’est qu’elle est pacifique : pas une goutte de sang versée ; pas une vitrine cassée… Pour moi, c’est une belle preuve de la maturité démocratique du peuple arménien. La seconde spécificité est que ces événements ont mobilisé toute la jeunesse ; une jeunesse souvent née après l’indépendance de 1991, qui n’a pas donc pas connu l’ère soviétique et qui a soif d’égalité, d’ouverture, de transparence, qui a soif d’un avenir.

Comment vois-tu l’avenir ?

La réussite de cette révolution de velours est essentielle, stratégique pour l’Arménie – et peut-être pour toute cette région du monde – à la fois sur le plan collectif pour le peuple arménien et sur le plan individuel pour chacun de ces jeunes. Parce qu’il faut se représenter ce que c’est que d’être jeune et de n’avoir aucun horizon, même quand on est diplômé, parce que tout est faussé et qu’on est confronté à la corruption, qui entretient la misère sociale. Il faut savoir que près de 30% d’Arméniens vivent au-dessous du seuil de pauvreté ; c’est cette  société très inégalitaire qui a fait se lever d’abord les jeunes de ce pays. Et c’est pour cela notamment qu’on doit les soutenir, et pas seulement par la parole.

Bien sûr il faut savoir que les résistances seront là ; on ne change pas radicalement un monde du jour au lendemain et là nous parlons d’un système qui vient de loin. Mais il faut garder espoir. Les Arméniens sont en train de se réapproprier leur futur. Et pour ma part en tant que Maire, à Lyon, ma volonté – et je le redirai aux autorités dès mon prochain déplacement – est d’établir avec ce pays des relations de coopérations plus en phase avec les enjeux de développement contemporains. Lors de mon dernier déplacement, j’ai déjà insisté sur la nécessité de sortir d’une période « romantique » pour aller vers une phase de coopération plus concrète ; les acteurs économiques, universitaires, culturels, doivent être mobilisés ensemble.

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume