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Un an de la Déclaration UE-Turquie, un bien triste anniversaire

En ce 20 mars 2017, nous célébrons le premier anniversaire de la Déclaration UE-Turquie. En vertu de ce texte, la Turquie s’est engagée à « reprendre » tous les migrants en situation irrégulière qui avaient rejoint la Grèce à partir du 20 mars 2016. En échange, 6 milliards d’euros d’aides devaient être versés à la Turquie par l’Union européenne.

Il y a désormais 2 millions 800 000 réfugiés bloqués en Turquie, et des milliers personnes vivent dans des conditions effroyables sur les îles grecques, interdites de rejoindre le continent en vertu de cette Déclaration. Et si quelques centaines de vies ont été sauvées grâce à elle, combien sont morts aux portes de l’Union européenne ?

Je ne peux pas cesser de rappeler que cette Déclaration est basée sur le constat erroné selon lequel la Turquie est un pays tiers sûr. Or dire cela, c’est être aveugle sur les arrestations arbitraires massives qui ont suivi le coup d’État manqué de juillet 2016, le renvoi de milliers de fonctionnaires, les exactions graves commises dans le sud-est du pays que soit par les autorités ou les groupes rebelles, les violations massives des droits de l’Homme et le musellement de la société civile, notamment des journalistes.

Par ailleurs, je tiens à rappeler que si la Turquie a signé la Convention de Genève de 1951 relative aux réfugiés et à leur famille, elle l’a fait avec une réserve de taille : la limitation géographique qui ne la rend applicable qu’aux ressortissants du Conseil de l’Europe. Dit autrement,  les Syriens, les Afghans ou encore les Irakiens ne peuvent pas bénéficier du statut de réfugié en Turquie. Tout au plus les Syriens peuvent obtenir une « protection temporaire » au caractère précaire. Ce qui est totalement insuffisant pour des personnes ayant fui un tel conflit.

Les autorités turques ont beau menacer de rompre cet « accord », la manne financière qu’il représente est importante.

Par ailleurs, ce moyen de pression permet de réduire au silence les voix qui voudraient s’élever en Europe contre une situation politique qui se dégrade mois après mois dans le pays. Et cette menace semble tétaniser la Commission européenne et les États membres, qui sont prêts à ignorer leurs valeurs et leurs obligations internationales pour éviter que de nouveaux réfugiés arrivent.

Malgré les multiples rapports d’ONG dénonçant les violations des textes internationaux mais aussi des droits de l’Homme dans ce contexte, l’UE continue de voir dans ce type d’accords la solution à privilégier. Que ce soit avec l’Afghanistan ou encore la Libye. Les questions migratoires  font désormais office de véritable levier dans les négociations avec les pays tiers, sur fond de « chantage aux migrants »…

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume