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Vers une nouvelle politique carcérale

 

Au moment où le Parlement européen s’exprime sur la situation des prisons en Europe, il me semble nécessaire de réaffirmer  que la privation de liberté doit être utilisée pour protéger la société. Or, il apparait aujourd’hui que notre modèle carcéral n’est plus adapté, car il produit ce qu’il entend combattre, à savoir de la criminalité ! Je pense qu’il est temps d’interroger notre politique en la matière.

Les études sont nombreuses sur le sujet et elles s’accordent à dire que l’enfermement ne fonctionne pas. Ainsi, en France 63% des condamnés récidivent dans les 5 ans après leur sortie de prison, contre 47% des personnes ayant eu une peine alternative à l’enfermement. Il n’y a jamais eu autant de détenus dans les prisons françaises (70 000 personnes pour une capacité de 58 600 places). En effet, comme le rappelle Sonia Snacken, professeur de criminologie à l’Université Libre de Bruxelles, « ce n’est pas la criminalité mais la politique pénale qui détermine le taux de détention ».

La surpopulation carcérale a des effets dévastateurs. Soyons pragmatiques, les prisonniers vont ressortir un jour. La question de leur réinsertion est donc essentielle. Si le but des prisons n’est pas simplement de punir, il faut donc s’interroger sur ce que nous voulons : une société plus sûre dont les anciens prisonniers ne récidivent pas. Alors si intellectuellement on peut être heurté de prime abord par ce type de posture, il faut bien admettre qu’en dépassionnant le débat sur ce thème, on réalise que les pays scandinaves, engagés dans la décroissance carcérale depuis 50 ans, ont considérablement modifié la donne. Par exemple, la Suède a instauré des parcours de prisonniers afin de les accompagner peu à peu vers la liberté. Ils bénéficient notamment de soins et de formations. Le but étant que leur situation soit meilleure à la sortie de la prison, seul moyen efficace contre la récidive.

Ainsi, faut-il renforcer les nombreuses mesures de remplacement de la détention préventive, et les peines alternatives qui existent. On peut évoquer les travaux d’intérêt général, le recours à l’assignation à résidence ou encore au couvre-feu pour les personnes condamnées. Cette voie a été suivie par les Pays Bas, où l’emprisonnement est utilisé par les magistrats comme ultime recours. Résultat des courses : des milliers de places de prison vides, louées aux pays voisins comme la Belgique ou réhabilitées en HLM ou en centres d’accueil pour les demandeurs d’asile.

Dans le débat, il faut aussi relever les propos de Laurent Mucchielli, sociologue à l’université d’Aix-Marseille, directeur de recherche au CNRS, concernant la politique carcérale française : « La délinquance de rue, celle des miséreux, mène en prison ; la délinquance des riches, comme la fraude fiscale ou l’escroquerie, se conclut par des transactions ou des amendes. » Ainsi, des publics déjà précaires sont fragilisés par la détention, isolés socialement et stigmatisés. Cette politique pénale est donc socialement discriminante. Il est temps de l’envisager comme un moyen d’insertion dans la société et non d’exclusion à tout prix.

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume