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Violation des données personnelles des Européens : un simulacre d’explications de la part de Facebook

Le patron de Facebook était attendu fermement par les députés européens mardi 22 mai afin de s’expliquer sur l’utilisation des données personnelles par la plateforme. En effet, il a récemment été révélé que la firme de consultance Cambridge Analytica a utilisé les données d’environ 87 millions de profils Facebook sans leur accord à des fins politiques, dont 2,7 millions d’Européens. Ce plus gros scandale de violation de la vie privée rendait impératif que Facebook soit auditionné au niveau européen, alors que les géants du Net vont devoir se conformer au nouveau Règlement européen de protection des données.

Les députés européens souhaitaient avoir des informations sur les suites données au scandale, le devenir des données des utilisateurs suite à la suppression de leur compte, la possibilité de manipuler les données pour diffuser des « fake news » ou de manipuler des élections, le manque d’information des utilisateurs en cas de violation de leurs droits, l’augmentation de l’existence de faux comptes, la fiscalité et la situation de monopole de Facebook, et des preuves claires de la conformité de Facebook avec les normes européennes.

La protection des données est cruciale pour mon groupe politique, et les gouvernements européens ainsi que la Commission européenne doivent s’assurer de la mise en œuvre du Règlement général sur la protection des données et finaliser un accord sur la Directive qui protégera les contenus personnels en ligne (ePrivacy). Les citoyens européens doivent être assurés du respect de leur vie privée. Les États membres sont dans l’obligation d’adapter leur législation au Règlement, applicable dans 2 jours, et mettre en place les moyens nécessaires à son application. Or, plusieurs ne l’ont pas encore fait, notamment la France, car le Sénat vient de saisir le Conseil constitutionnel suite à des débats houleux avec l’Assemblée nationale.

Selon les estimations, le scandale Cambridge Analytica aurait abusé les données de 2,7 millions d’Européens, ce qui justifiait une explication transparente et profonde de Mark Zuckerberg devant tous les représentants élus par les Européens. Alors que ce dernier a été interrogé par le Congrès des États-Unis pendant plus de 10 heures, il est inacceptable qu’il n’ait été interrogé que par une poignée de députés européens (Président du Parlement européen, Présidents des groupes politiques, Président de la commission parlementaire responsable, et les rapporteurs sur la protection des données), pendant à peine 1h30. Ceux-ci ont été brimés dans leur possibilité d’échange avec Mark Zuckerberg, sans possibilité de rebondir à ses réponses. Cet échange devait se faire à huis clos, suite à la décision majoritaire des groupes de droite et d’extrême-droite du Parlement. Les Socialistes et Démocrates ont insisté pour que cette discussion soit a minima retransmise sur Internet, ce qui reste peu satisfaisant mais qui m’a tout de même permis de suivre l’échange.

Sur le fond, cette rencontre laisse également un arrière-goût amer. En effet, Mark Zuckerberg a simplement repris pâlement les propos qu’il avait formulés devant le Congrès des USA. Il s’est à nouveau excusé de ne pas avoir mesuré la responsabilité de son entreprise quant aux dérives du réseau social (diffusion de fausses nouvelles, apologie et recrutement terroriste, violation des données etc…), comme s’il n’avait pu les anticiper ! Il a assuré que les modifications apportées à la plateforme empêcheraient une nouvelle violation des données par une entreprise développant des applications, tout en indiquant que l’étude de ces entreprises prendrait encore quelques mois.

Il a indiqué « penser » que Facebook serait prêt à respecter le Règlement général sur la protection des données le 25 mai, tout en restant assez général. Or, il serait plus prudent qu’il en soit certain, car les entreprises qui ne respecteront pas le Règlement pourront être soumises à des amendes allant jusqu’à 20 milliards d’euros ou 4% de leur chiffre d’affaires.

Enfin, il a éludé la question d’une éventuelle compensation financière pour les Européens victimes d’une violation de leurs données personnelles. Il n’a pas non plus parlé de sa responsabilité dans le scandale Cambridge Analytica, ni du monopole de Facebook. Il n’a pas non plus convaincu qu’il serait impossible qu’un pays ou un organisme étrangers interviennent dans les futures élections européennes, ayant seulement précisé que Facebook y travaillait.

Puisque de nombreuses questions sont restées en suspens, les députés européens ont demandé un suivi écrit de la part de Facebook. Nous resterons attentifs aux réponses qui suivront, Mark Zuckerberg s’y étant engagé. Par ailleurs, un échange est également prévu en commission des libertés civiles du Parlement européen, avec des experts juridiques de Facebook. L’enquête ne fait que commencer : Facebook doit être plus transparent.

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume