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L’affaire glyphosate

Le glyphosate est utilisé depuis 40 ans. Cet herbicide est aujourd’hui encore un produit phare du géant américain Monsanto, spécialisé dans les biotechnologies agricoles. Pourtant en mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la Santé, a affirmé que le glyphosate était un « cancérogène probable pour les humains ». Depuis cette date, la question de son retrait est posée et fait l’objet d’intenses débats.

Le rôle trouble de Monsanto

Le glyphosate est vendu sous l’appellation «  Round up » par Monsanto à destination des agriculteurs comme des jardiniers amateurs. Comme le brevet est tombé dans le domaine public, il est commercialisé aussi par de nombreux fabricants. La spécificité de Monsanto est de vendre des semences OGM « round up ready », c’est-à-dire résistantes au Round up et très efficaces en terme de productivité pour l’agriculteur. Et aussi en termes de profitabilité pour Monsanto d’ailleurs.

Son autorisation de mise sur le marché arrive à échéance à la fin de 2017 et il appartient à un comité permanent dans lequel chaque état de l’Union européenne est représenté, de se prononcer sur une proposition de la Commission de prolonger de dix ans cette autorisation. Pour justifier cette prolongation, la Commission s’appuie sur un rapport rendu par de l’agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui concluait que le glyphosate n’était « probablement pas cancérogène ». Sauf que depuis plusieurs mois, des ONG pointent de possibles conflits d’intérêt entre les scientifiques siégeant à l’EFSA et les grands groupes de l’industrie chimiques. L’affaire des « Monsanto papers » a révélé, avec la divulgation de mails de l’entreprise, de multiples manœuvres et pressions en vue de conserver l’autorisation de mise sur le marché du glyphosate. A un lobbying agressif, se sont ajouté des tentatives de décrédibilisation des travaux du CIRC, décrites par le Monde dans un article du 1er juin 2017.

Enfin, le 15 septembre, les quotidiens italien et britannique La Stampa et The Gardian ont révélé qu’une centaine de pages du rapport de l’EFSA sur l’herbicide étaient des copier-coller de la demande de ré-autorisation déposée par Monsanto, au nom du consortium d’entreprises commercialisant les produits à base de glyphosate en Europe.

La crédibilité de l’EFSA est donc clairement en question quand elle conclut à l’absence de dangerosité du glyphosate. Les commissions agriculture et environnement du Parlement ont prévu une audition sur les Monsanto papers et les députés S&D comme mon collègue Eric Andrieu interpellent la Commission sur le rôle de l’EFSA. Un collectif a également réuni 1.2 millions de signatures pour interdire le glyphosate dans le cadre d’une initiative citoyenne européenne (ICE).

La France et quelques autres pays sont décidés à se pronnoncer contre lors du vote prévu début octobre. Cela ne sera pas forcement suffisant pour aboutir à une majorité qualifiée et empêcher cette autorisation.

Une impasse technique

Il est vrai que l’interdiction du glyphosate pose également des problèmes qui méritent qu’on s’y arrête. Il n’existe pas à ce jour de produit de substitution, ce qui place beaucoup d’agriculteurs dans une impasse technique à court terme.

Une alternative consiste à utiliser des moyens mécaniques pour désherber mais ceux-ci ne sont pas sans inconvénients. Ils entrainent des coûts supplémentaires mais aussi des problèmes environnementaux puisqu’ils augmentent l’emprunte carbone et provoquent un tassement des sols. Cela est en particulier problématique pour toute une filière de l’agriculture dite « de conservation » une méthode de culture sans labour et prévoyant une rotation des cultures.

Cependant la simple reconduction pour 10 ans de l’autorisation ne parait pas être non plus une solution acceptable au regard des risques pour la santé que présente cet herbicide. En effet, il se retrouve de façon significative dans des produits de consommation courante comme les corn flakes et les pâtes alimentaires et les agriculteurs sont encore plus exposés que les consommateurs.

Des solutions de remplacement doivent être trouvées et une interdiction du glyphosate est susceptible d’accélérer leurs mises au point. La reconduction de l’autorisation pour une période limitée, donc très inférieure aux 10 ans prévus, pourrait éventuellement être une façon de régler les problèmes posés aux professions agricoles à court terme.

En tout état de cause, l’agriculture va devoir apprendre très vite à se passer de ce produit potentiellement très dangereux.

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume