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Samudaripen – connaissez-vous ce mot ?

Roms-drapeau

Rroms, Roms, Gitans, Manouches, Tsiganes, Romanichels, Bohémiens, Sintis : raconter ce peuple commence avec la difficulté de le nommer, entre les surnoms qu’il a subi, les noms qu’il s’est donnés et la multiplicité de ses identités. Son histoire est incertaine car les sources écrites manquent… sauf peut-être les innombrables textes de loi, circulaires ou contraventions qui ont été rédigés pour le contrôler, l’assigner à résidence, le déporter parfois.

S’il faut choisir une date pour raconter cette histoire, cela pourrait bien être le 8 avril 1971, celle du premier Congrès international des Rroms à Londres. Elle marque le début de la revendication de ce peuple à être reconnu en tant que tel, l’adoption d’un nom fédérateur « Rroms » et d’un drapeau. C’est aussi devenu la date de la journée internationale des Rroms et l’occasion une nouvelle fois de tenter de faire le tri entre préjugés et connaissances.

Les préjugés sont nombreux : selon la commission nationale consultative des droits de l’homme, les Rroms d’Europe de l’est constituent la catégorie de population qui en subit le plus, s’attirant 87 % d’opinions négatives. Ces préjugés nourrissent la discrimination et l’exclusion sociale qui entrainent à leur tour les problèmes d’éducation, d’emploi, de logement…

Les connaissances sont lacunaires. On sait que les Rroms sont venus d’Inde par une longue migration commencée il y a près de 10 siècles et se sont répartis dans tous les pays d’Europe. On sait aussi que le nomadisme a été réprimé, que des législations discriminatoires ont été adoptées dans de nombreux pays et qu’aucun État d’Europe aujourd’hui ne peut être fier de son comportement vis-à-vis des Rroms, passé ou présent.

Le passé, c’est surtout une grande tragédie qui a frappé ce peuple lors de l’arrivée au pouvoir des nazis. Des déportations massives ont eu lieu dans tous les pays occupés par les Allemands. Les Rroms, considérés comme une race inférieure, ont vu périr dans les camps sans doute 200 000 des leurs sur une population estimée à 800 000. Mais sur les chiffres, les avis divergent et certains évaluent à 500 000 ou plus le nombre de victimes. Il n’y a pas de fait historique aussi documenté que pour la Shoah. Cela tient à la faiblesse des sources écrites ; ce peuple de culture orale n’a pas eu d’écrivains ou d’intellectuels en son sein qui puisse jouer un rôle de grand témoin.

Le présent ce sont les difficultés d’intégration qui semblent plus vives que jamais. Le quotidien est fait d’emplois précaires, de mendicité et de délinquance plus ou moins importante, la scolarisation est très faible, les conditions de logement très précaires.

Le Parlement européen s’est saisi de ces questions ces dernières années. En décembre 2013, il a adopté un document cadre sur les stratégies nationales d’intégration des Rroms pour la période allant jusqu’à 2020. C’est un mode d’emploi mais c’est aux Etats de s’en saisir. Les députés ont également prévu de voter une résolution lors de la session plénière d’avril sur la reconnaissance du 2 août comme Journée officielle du Souvenir du génocide des Roms lors de la Seconde Guerre mondiale. C’était en 1944, ce jour-là près de 3 000 Roms sont morts dans les chambres à gaz d’Auschwitz. Sans doute l’un des pires jours de cette période redoutable et tragique à laquelle les Rroms ont donné le nom de « Samudaripen ». Cela signifie « tuez-les tous ».

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume