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Soutien populaire au Lyon-Turin

Une scène assez inhabituelle s’est déroulée dans le centre de Turin le 10 novembre dernier. Entre 30 000 et 40 000 personnes se sont rassemblées pour manifester en faveur du projet de ligne grande vitesse (LGV) Lyon Turin. Inhabituelle car généralement, les citoyens se mobilisent plus volontiers contre un chantier qu’en sa faveur. Cette exception mérite que l’on s’y attarde.

 Une mobilisation citoyenne 

Pendant longtemps, ce grand projet de LGV a été soutenu par l’ensemble de la classe politique. C’était vrai en France jusqu’au moment où une partie des écologistes a changé d’avis, c’était vrai en Italie jusqu’au moment où de nouvelles forces politiques « anti système » sont arrivées au pouvoir.

Le mouvement 5 étoiles (M5S) a promis d’arrêter le projet Lyon Turin. Comme son alliée la Ligue était au départ plutôt favorable à cet équipement, la décision du gouvernement n’est pas encore tranchée. Une commission est chargée de réexaminer la question (et de gagner un peu de temps sans doute).

La Maire de Turin, M5S, avait fin septembre fait voter une motion par sa majorité pour exprimer son refus du projet. Le lendemain, le conseil régional du Piémont s’était, lui, prononcé mais en faveur du projet. Tout cela était assez classique, chacune des forces en présence essayant de faire valoir son opinion.

Mais la manifestation du samedi 11 a pris tout le monde par surprise. Il s’agit d’un mouvement né de la société civile, sept femmes entrepreneuses ont réuni des acteurs économiques, des responsables syndicaux et politiques et ont réussi une très impressionnante mobilisation citoyenne. Leur comité « Sì, Torino va avanti » (« Oui, Turin va de l’avant ») a rassemblé en quelques jours plus de 100.000 signatures en faveur du projet de LGV.

C’est donc ainsi que les élus « anti système » ont pu voir la population défiler pour défendre un équipement qu’elle considère comme synonyme d’ouverture et de développement économique.

 

Retournement des argumentaires

L’un des principaux arguments des opposants au projet est son coût qu’il considère comme disproportionné par rapport à l’usage espéré. Les experts de deux camps se livrent depuis plusieurs années à des batailles de chiffres sur les prévisions de trafic. Si beaucoup de citoyens ont du mal à se retrouver dans ces querelles, il est en revanche un argument que chacun peut comprendre. Des travaux ont d’ores et déjà été engagés, le tunnel est en partie creusé. Le financement est assuré par la France pour 25%, l’Italie 35% et l’UE 40%. 370 millions d’euros ont  été versés par l’UE entre 2007 et 2013, et un financement de 814 millions a été signé pour 2014–2020 (dont 120 millions déjà payés). L’arrêt des travaux décidé unilatéralement serait donc une rupture de contrat de la part de l’Italie et entraînerait des indemnités et des remboursements conséquents auprès de l’UE et de la France.

Dans ces conditions, difficile d’invoquer l’argument du gaspillage pour abandonner le projet puisque cela coûterait aussi très cher.

La dimension écologique est invoquée dans les deux camps. Chez les adversaires dans le cadre d’une logique de décroissance économique, chez les partisans, pour faire éviter aux camions la traversée des Alpes. Un déplacement récent que j’ai fait dans la vallée de l’Arve m’a permis de toucher du doigt ce problème. C’est au pied du Mont blanc que se trouve l’un des airs les plus pollués de France. Sacré paradoxe et argument de poids pour que cette liaison entre Lyon et Turin voit enfin le jour.

 Comme la situation italienne génère bien des incertitudes (voir ma dernière vidéo sur le sujet) je ne doute pas que nous reviendrons sur ce sujet.

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume