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Ukraine : un an de conflit

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En ce début d’année, notre horizon est décidément barré par un ciel d’orage. Crise économique et chômage persistants, menaces terroristes, guerres civiles en Syrie ou au Nigeria et aussi, à nos frontières de l’Est, ces nouvelles inquiétantes qui nous parviennent quotidiennement d’Ukraine. Ce pays ne fait pas partie de l’Union européenne et ceci ne devrait pas changer à court ou moyen terme ; et pourtant, ce qui s’y passe nous concerne, nous citoyens européens.

Parce que c’est un destin tragique

L’histoire récente de ce pays est celle d’une prise de conscience politique. La révolution orange de 2004 a fait émerger à la fois le désir d’émancipation face au voisin russe, l’aspiration à la démocratie et l’envie d’Europe. Entre ceux qui penchaient à l’Ouest et ceux qui inclinaient vers l’Est, le dialogue démocratique est longtemps resté la règle. Les élections ont porté au pouvoir alternativement les uns et les autres.

L’Histoire s’est accélérée lorsqu’il y a un an, l’Ukraine, alors dirigée par le président pro-russe Viktor Ianoukovytch, renonce à signer un accord d’association avec l’Union européenne au profit d’un accord avec Moscou. Ce revirement, perçu par la population comme une vassalisation entraîne d’importantes manifestations pro-européennes à Kiev rassemblant des centaines de milliers de personnes, l’occupation de la fameuse place Maïdan, avec comme mot d’ordre la démission du président. Des manifestations, marquées par des dizaines de morts ne décourage pas le parti pro-européen et c’est finalement Ianoukovytch qui va être contraint au départ. Cette issue est jugée très favorablement en Europe même si beaucoup s’inquiètent de la réaction des minorités pro-russes et des excès auxquels peuvent se livrer les extrémistes des deux camps.

En mars 2014, la Crimée fait sécession et demande son rattachement à la Russie. Puis c’est au tour de la province orientale du Donbass de se révolter contre le pouvoir central de Kiev en se proclamant république populaire de Donetsk. L’année 2014 est aussi marquée par l’accession au pouvoir d’un nouveau président en juin 2014, Petro Porochenko, qui signe un accord de libre échange avec l’Union européenne à Bruxelles.

Au terme de cette année tragique, le pays est en proie à une guerre qui a causé déjà plusieurs milliers de morts. Cette guerre est à la fois guerre civile mais aussi guerre d’annexion territoriale menée par la Russie. Ses multiples dénégations ne trompent plus personne depuis longtemps. C’est bien Wladimir Poutine qui est à la manœuvre dans le drame qui se joue à nos portes.

Parce que Poutine est imprévisible

Il est difficile de donner une explication rationnelle au comportement de Vladimir Poutine. Les observateurs s’accordent à le qualifier de fuite en avant. En voulant ramener l’Ukraine dans la sphère d’influence russe à la fin 2013, il a réussi à l’en éloigner durablement. De plus le pays est fractionné, ruiné, sans que cela ne rapporte le moindre bénéfice à la Russie.

Malgré ces échecs, il a refusé avec constance toutes les options de sortie de crise qui lui étaient proposées. Sur le terrain, les tentatives de cessez-le-feu échouent les unes après les autres. Le programme de sanctions économiques mis en place par l’UE depuis le début du conflit a affecté l’économie russe. La propagande est outrancière et la censure féroce ; le patriotisme exalté est plein de ressentiments vis-à-vis de l’occident et en particulier de l’Europe qui serait responsable de tous les maux de la Russie. Cependant, la désinformation continuelle, le nationalisme outrancier lui valent – pour le moment – le soutien de la majorité de ses compatriotes.

Parce que pour l’Europe, ce conflit est une épreuve de vérité

Face à ces évènements, l’Europe réagit, même si les États-membres ont entre eux des différences d’appréciation sur cette question dues aux relations historiques ou économiques particulières de certains d’entre eux avec la Russie. Par exemple, la Pologne ou la Lituanie ont une approche beaucoup plus dure que d’autres États. L’Allemagne pour sa part a longtemps cultivé une relation privilégiée avec la Russie mais s’est découragée devant l’agressivité de Vladimir Poutine.

Le Parlement européen s’est exprimé durant la session de janvier sur le sujet par une résolution. Il a invité l’UE à apporter une « aide technique plus substantielle » à l’Ukraine. Pour la France, la ligne qui prévaut est celle de la solidarité vis-à-vis de l’Ukraine et de la fermeté et du dialogue vis-à-vis de la Russie. L’objectif est d’amener les belligérants à reprendre le chemin de la négociation, «  d’enrayer la spirale du fait accompli et de l’affrontement ». La livraison d’armes n’est pas à l’ordre du jour.

Interlocutrice majeure dans cette affaire, Federica Mogherini, la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la sécurité, assume pleinement son rôle et fait entendre une position commune de façon forte et claire. Sous sa présidence, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Huit États membres ont proposé d’élargir la liste des personnes visées par un gel des avoirs et une interdiction de voyager dans l’UE en raison de leur implication dans le conflit en Ukraine. La décision définitive sera prise le 9 février.

La position du groupe S & D insiste sur le fait que la solution militaire n’est pas une option et met en garde contre les risques d’escalade.

Finalement, l’Europe a pour le moment su garder une grande constance dans son attitude. Si elle a manifesté son soutien au gouvernement de Kiev, elle s’est toujours placée dans une perspective de modération et de dialogue. Les sanctions économiques ont logiquement frappé la Russie face des violations caractérisées du droit international mais dans le même temps des compromis étaient recherchés.

Tout l’enjeu est aujourd’hui de maintenir une pression ferme sur la Russie sans se laisser entrainer dans une épreuve de force qui nous ramènerait au temps de la guerre froide.

Partager sur facebook Twitter Syvie Guillaume