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« Ce Nutri-score européen dont les lobbies ne veulent pas »

 

Si la France a adopté le Nutri-score, ce n’est pas le cas de la majorité des pays européens. La Commission européenne doit faire une proposition en ce sens, estiment trois eurodéputés de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates, Eric Andrieu, Sylvie Guillaume et Marc Tarabella.

Tribune publiée par Le Monde le 31 janvier.

Le constat à la base est assez édifiant. La santé des Européens se dégrade : un adulte sur deux et près d’un enfant sur trois est en situation de surpoids en Europe, près d’un citoyen sur cinq est atteint d’obésité et ces chiffres ne font qu’augmenter, l’organisation mondiale de la santé qualifiant même ce phénomène de grave épidémie. Parallèlement les personnes victimes de diabète, d’hypertension ou de maladies cardiovasculaires sont de plus en plus nombreuses également. Un des principaux responsables ? La malbouffe.

Partant de cet état des lieux, en 2010, l’Europe a entrepris de rénover l’étiquetage des produits alimentaires via une nouvelle législation, le but étant de permettre davantage de transparence sur le contenu de ces produits, leur provenance, une signalisation plus claire des composants mais aussi des allergènes potentiels.

C’est alors que la question d’un Nutri-score s’est invitée à la table des discussions. L’idée était simple : proposer un logo qui indique la qualité nutritionnelle des aliments avec des notes allant de A à E avec un objectif louable et à encourager, celui de comparer plus rapidement et facilement des produits. Le calcul se fait sur base d’un algorithme conçu quelques années plus tôt par un groupe de scientifiques d’Oxford et prend en compte des paramètres à favoriser comme les fruits, les légumes, les fibres ou les protéines ainsi que les paramètres à limiter comme les acides gras saturés, les sucres, le sel… 

Mais le texte législatif résultant de ces travaux a été très vite la proie des lobbies de l’industrie agroalimentaire qui ne voulait pas qu’on lui dicte ce qu’elle devait mettre sur les étiquettes ni qu’on l’oblige à mentionner les composants de ses produits ou leur origine. Alors rajoutez à cela un logo Nutri-score, les grandes marques ont crié au scandale, elles qui avaient déboursé près d’un milliard d’euros les années précédentes en lobbying et marketing espérant que jamais une obligation européenne ne verrait le jour.

Politique de désinformation

Le bras de fer tournera finalement à l’avantage de l’Europe qui imposera malgré tout sa législation dès 2011. Mais dans ce combat, le Nutri-score est passé à la trappe… pour un temps seulement.

L’idée du logo, soutenue par de nombreuses associations de protection de consommateurs et des scientifiques toujours plus nombreux, a continué malgré tout à faire son chemin. Les multinationales ont alors rivalisé de génie pour tenter de continuer leur politique de désinformation. Certaines mettront même sur leurs emballages des logos alternatifs ayant pour seul but de tromper le consommateur, en jouant, voire en intervertissant les codes couleurs par exemple.

Aujourd’hui, huit des dix plus grandes multinationales sont toujours opposées au Nutri-score. Leur raison est bien évidemment financière. Elles représentent à elles seules près d’un demi-millier de marques et surtout des dizaines de milliers de produits, qui, si un Nutri-score unique était obligatoire, se verraient affublé d’un feu rouge à cause de leur excès en sucre, en sel ou en graisse. Pour ces industriels, le danger d’une perte colossale de profits est indéniablement la principale raison de leur rejet d’un Nutri-score unique.

Pourtant, l’idée de cet outil n’est pas d’asséner des mauvaises notes mais bien de rendre leur pouvoir aux consommateurs, leur rendre la possibilité de faire des choix éclairés pour leur santé. L’intention n’est pas de proscrire les produits notés « E » mais de rappeler que ceux-ci ne peuvent pas constituer la base de l’alimentation.

Dépasser le stade des promesses

Dans ce contexte, les pouvoirs publics doivent reprendre la main. Le moment est venu ! D’abord parce que la santé des 500 millions de citoyens européens est primordiale et parce que les consommateurs ont fait savoir qu’ils étaient majoritairement en faveur du Nutri-score. Ensuite parce qu’au niveau politique, la Commission européenne dans son projet de « pacte vert » envisage une harmonisation du système d’étiquetage des produits alimentaires.

D’ailleurs, quelques Etats membres (France, Pays-Bas, Belgique, Espagne et bientôt l’Allemagne) ont déjà fait le choix d’adopter le Nutri-score. L’occasion est donc belle d’imposer enfin un label Nutri-score en Europe. Le Parlement européen est toujours dans l’attente d’une proposition législative de la part de la Commission à ce propos.

Nous appelons tous les acteurs du secteur agroalimentaire, fabricants et distributeurs, à apposer sans délais le Nutri-score sur les emballages de tous leurs aliments ; nous appelons les politiques et la Commission européenne à soutenir ce projet et nous les invitons tous à enfin dépasser le stade des promesses pour passer aux actes.

Il faut un Nutri-score sur les emballages des produits et il faut qu’il soit efficace et plus encore qu’il soit commun à toute l’Europe. On ne peut laisser indéfiniment les grandes entreprises piloter le monde sans que l’intérêt général ne soit pris en compte. Les bénéfices de multinationales ne devraient jamais prévaloir sur la santé des citoyens européens, ni sur l’éthique.

Sylvie Guillaume

Publié le 11 février 2020 à 11h02


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