Au parlement

 

Le nouveau pouvoir du Parlement européen

 

Le Parlement européen a acté cette semaine le report de l’entrée en fonction de la Commission Von der Leyen -ce qui, avouons-le, n’est pas gravissime-. Le nouveau collège des commissaires devait être approuvé par le Parlement européen en session plénière la semaine prochaine à Strasbourg, mais le rejet des candidatures hongroises et roumaines suite à l’examen de leurs déclarations d’intérêts par la commission JURI tout d’abord, puis celui de la candidature de Sylvie Goulard en ont décidé autrement.

 

Au-delà des questions de calendrier, je trouve que l’exercice des auditions des commissaires-désignés est à ce stade riche de signaux plus ou moins positifs.
Si on commence par les mauvais messages, le plus manifeste d’entre eux est la réaction incroyable d‘Emmanuel Macron à l’annonce du rejet de la candidate française , qu’il présente comme un coup de théâtre et pour lequel il demande des explications. Selon lui, Ursula Von der Leyen aurait obtenu un accord préalable des présidents des groupes S&D, PPE et Renew, sur la candidature de Sylvie Goulard. Cet exercice d’audition aurait donc dû être une simple formalité pour le Président Macron, qui refuse de voir en face sa propre responsabilité.

Cette réaction, qui a stupéfié l’Europe entière, montre que le chef de l’Etat minimise le fonctionnement du Parlement européen et son rôle de décision, le considérant comme un organe subsidiaire, devant être à la botte des Etats-membres.

Est-il réellement nécessaire de rappeler à Emmanuel Macron que les députés européens ne sont pas de simples fantassins, mais que face à la responsabilité de donner les rênes de l’Union européenne à un nouveau collège des commissaires, ils posent des questions, cherchent des réponses, enquêtent, travaillent, échangent entre eux puis votent en leur âme et conscience. Cela porte un nom : la démocratie ! La courte majorité de l’élection de la Présidente de la Commission, l’écartement de Nathalie Loiseau de la tête du groupe libéral, puis le rejet de Sylvie Goulard, écornent singulièrement l’image européenne triomphante d’un Président français distribuant les postes et forçant son destin.

Je crois ensuite que cet exercice a révélé la profonde mutation politique de l’hémicycle et les nouveaux équilibres au Parlement européen suite aux élections européennes de mai 2019.

Les deux principaux groupes politiques ne sont plus seuls à compter, les équilibres sont plus subtils, il faut désormais jouer à 3 au minimum. On le savait ; ce premier exercice l’entérine.
Par ailleurs, l’exercice des auditions des commissaires désignés n’est pas qu’une simple formalité, un spectacle pour la forme : c’est un exercice approfondi de démocratie. Le Parlement européen représente les citoyens de l’Union européenne et cet épisode a démontré que leurs intérêts prévalaient sur les logiques nationales. Cette procédure est sans doute perfectible car tout ne s’est pas déroulé sans heurts, mais elle reste légitime et nécessaire. (Voir ci-dessous le reportage Public Sénat sur les coulisses de la première audition de Sylvie Goulard :

De nouveaux candidats doivent être désignés par les pouvoirs hongrois, roumain, et français. Les rejets de ces deux dernières semaines imposent des standards élevés pour des personnalités compétentes et éthiquement irréprochables. Nous espérons que le message sera entendu pour ces futures désignations, car la démarche de responsabilité politique des députés européens restera, elle, inchangée.

Sylvie Guillaume

Publié le 14 janvier 2020 à 15h01


Partager l’article

Actualités

Les derniers articles

Discours sur l’état de l’Union : place aux actes !
Communiqués

Discours sur l’état de l’Union : place aux actes !

Libre circulation en période de pandémie
Vidéos - Vidéo

Libre circulation en période de pandémie

Incendie du camp de Moria sur l’île de Lesbos en Grèce : les États membres ne peuvent plus échapper à leurs responsabilités
Communiqués

Incendie du camp de Moria sur l’île de Lesbos en Grèce : les États membres ne peuvent plus échapper à leurs responsabilités

shinas-commission-europeenne
Communiqués

Schengen : une deuxième vague de chacun pour soi est dangereuse pour Schengen